Friday, December 19, 2008

chantier (comédie sociale en chantier)




Le chantier

(Tour de Babel)

Personnages

Femme du monde

Deux prostituées

Contremaître, migrant, funambule, agent de sécurité, garde-champêtre

Décor

Un chantier, avec échafaudage, passerelles etc.

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Noir

Vacarme de chantier (grincement des grues, coups, engins qui manœuvrent t, cris d’ouvriers en plusieurs langues…)

Flash 1

Lumière clignotante.

Le contremaître est occupé à travailler sur l’échafaudage (il pourrait chanter ‘Nabucco’). Arrive un ouvrier avec sacoche en bandoulière et casque sur la tête.

Contremaître : Salut.

Migrant : Salut.

Contremaître : Qu’est-ce que tu dis ?

Migrant : Salut.

Contremaître : ‘Comprends pas. C’est quoi, cette langue ?

Migrant : Merde.

Contremaître : Ici, on parle une seule langue, tous la même. Faudra t’y mettre, mon vieux. Qui t’a embauché ?

Migrant : Je me suis embauché tout seul et je fais le con pour pas qu’il m’envoie chier.

Contremaître : Laisse tomber. On va opter pour la méthode accélérée. (Faisant des signes au migrant) Pose ton sac et monte par ici. Comment je vais expliquer à cet abruti qu’ici ça rigole pas, qu’on construit la première résidence nucléaire du monde, qu’on a intérêt à faire gaffe où on met les pieds et les doigts… Et merde ! Vais demander une prime, moi. C’est bien beau, le travail à la couleur, mais moi je suis daltonien, alors le macaque, là, faudra qu’il s’aligne, je suis pas bonne sœur, moi, ni la Sécurité Sociale. On va commencer par les choses faciles. Première leçon. (Il sort de sa besace un casque de chantier et l’enfonce violemment sur le crâne du migrant) Port du casque obligatoire.

Noir

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Flash 2

Clair de lune.

Deux filles se baladent bras dessus, bras dessous, sur les passerelles.

Entre l’Agent de Sécurité qui braque une énorme torche sur elle.

Fille 1 : La chasse est ouverte, c’est ça ?

Agent : La chasse aux poules, c’est toute l’année. Qu’est-ce que vous foutez là ?

Fille 1 : On vole. Ça se voit pas ?

Fille 2 (agitant les bras et tortillant ses fesses) : Flap flap !

Agent : C’est interdit.

Fille 1 : Ce qui est interdit, c’est de voler les fils de cuivre et d’acier pour les fourguer en douce au ferrailleur.

Agent : Ta gueule !

Fille 2 : On regarde les étoiles. Entre ciel et terre. C’est beau, non ?

Fille 1 : Et puis, c’est à personne. A tout le monde. Venez avec nous.

Fille 2 : Y a des comètes.

Fille 1 : On peut faire des vœux.

Fille 2 : C’est le Nouvel An toutes les nuits.

Fille 1 : On a le droit de tout oublier.

Fille 2 : Et demain tout ira mieux !

Agent : Descendez-moi de là !

Fille 1 : Viens nous chercher, beau ténébreux !

L’Agent sort son arme, la regarde amoureusement, la fait briller exprès dans la lueur de la lune, puis tend le bras, braque les filles, vise…

Fille 2 : Laisse tomber. Il préfère les pétards.

Noir

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Tuesday, December 16, 2008

les enfants du paradis, éditeur de théâtre

Sécheresse
Format A5, 148X210, recto-verso NB, 45 pages 80g, Couverture 250g Brillant Quadri Recto - 10euros+frais de port

Comédie dramtique 60mins&nbsp1h-1f
Un couple sans enfant, sans argent, sans ami... Ils se sentent inutiles, prisonniers d'une société qui ne leur a donné aucune place. Ils sont perdus et pourtant, ils ne sont pas désespérés. Ils ont appris à vivre ainsi... Les mots qu'ils se lancent alors ont un tout autre sens : ce sont des bouées pour ne pas se noyer. Des mots pour ne pas mourir et y croire encore. Alors ils se parlent. Parfois même, ils s'écoutent...

La loi des chaises 3h 3f
Bord de mer 6h
Le placard 1h 1f

Format A5, 148X210, recto-verso NB, 57 pages 80g, Couverture 250g Brillant Quadri Recto - 10euros+frais de port

3 pièces inattendues de Philippe Pilato, auteur niçois prolifique.
La loi des chaises
c'est l'inéluctable déchirement du couple qui en appelle à la médiation, voire au jugement.
Bord de mer une réflexion philosophique précipitante
Le placard étude fine de la relation complexe du bourreau de la victime.

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Monday, March 24, 2008

lolita moizy (extrait)




Les états d’âme de Lolita Moizy

Monologues d’une pas plus méchante qu’une autre

1. Lolita sur la banquise

Pénombre. Lolita devant la porte ouverte de son grand frigo. Elle lui parle

Ça t’est déjà arrivé de te retrouver planté devant la porte ouverte du frigo vide au beau milieu de la nuit ? Ah ben non, toi, tu peux pas, évidemment. Moi si.

Derrière toi, la table de la cuisine est un véritable chantier, la steppe russe au printemps, boîtes de conserve et saucisses éventrées, pâté de gâteaux dégoulinants, glaces fondues, une vraie sitcom américaine. Mais eux, au moins, ils sont obèses, moi pas, j’y arrive pas, c’est pourtant pas faute d’avoir essayé, à la pelleteuse, façon industrielle, rien à faire, je grossis pas, en pleine forme, une vraie coureuse de fond, j’en ai marre.

Lumière aveuglante et vide astral du Grand Nord, j’entre, j’entre pas ? C’est tentant, non ? Enfin seule, enfin libre, le grand frisson, blanc intégral, me refaire une jeunesse, une virginité, plus besoin de m’occuper des mecs, qui eux de toute façon n’ont qu’une hâte, c’est de s’occuper de moi vite fait mal fait, enfin quand je dis moi, c’est plutôt d’eux qu’ils s’occupent, tout juste bons à me tirer vite fait et de se tirer vite fait, aussi vite que les provisions du frigo, non, j’ai beau chercher, hanter les supermarchés et les clubs de speed dating, thésauriser, je sais pas faire, l’argent, les hommes, la bouffe, tout ça me file entre les doigts, rien dans le ventre, et pour la culotte de cheval et la peau d’orange, j’ai beau m’accrocher, faire tout ce qu’ils disent de pas faire dans les magazines, pas moyen, résultat des courses, de longues soirées solitaires avec ma balance qui n’a rien à me dire et me regarde dans le blanc des yeux d’un air narquois, le pèse-personne s’ennuie parce qu’il n’a personne à peser, c’est désespérant.

Courant d’air blanc dans le frigo, j’entre, j’entre pas ? Qu’est-ce que je risque ? Un rhume ? Une pneumo ? Une fluxion de poitrine ? La tuberculose ? Qu’on me retrouve surgelée dans cent mille ans et qu’on me baptise la Vierge des Glaces dans les médias ? Avec un peu de chance on me ressuscitera, tout aura changé, je serai une star, la femme idéale, la reine du nouveau monde, « Lolita Moizy, ou les nouveaux canons de la beauté ! »…

Tuesday, December 04, 2007

elixires

Elixires

Editions L'Harmattan

Paris, 2007

Actuellement disponible sur le site de l'Harmattan



Elixire et Philippe se cherchent et se perdent de scène en scène
dans les courants d’air du malentendu de l’amour, des mémoires
qui flanchent, des caprices de l’espace/temps... Ils se croisent et se
décroisent sans se reconnaître et, à chaque fois, sont foudroyés...
Une porte qui claque un peu trop vite comme une gifle, et Elixire
oublie tout, tandis que Philippe crève de ses souvenirs. Un vélo
posé contre un banc et une passante de rêve. Une fille de magazine
en haut d’une échelle pour changer l’ampoule écarlate du destin
amoureux. Un accident de voiture qu’on n’a pas vu venir... Mêlant
la comédie (grinçante) au drame (rapide) et à la poésie (légère),
cet ensemble de sketches et de courtes pièces est conçu comme un
spectacle modulable.

Monday, August 20, 2007

ce baiser, je ne l'ai pas rêvé



éditions l'harmattan, paris, juillet 2007

Sunday, June 17, 2007

claire obscure (roman)


Philippe Pilato vous informe qu'il publie chez lulu.com "Claire Obscure", journal d'une disparition amoureuse, qu'il vous invite à découvrir, et à soutenir si vous l'aimez.

Cordialement,
Philippe Pilato
Nice, France

http://www.lulu.com/content/930613

Wednesday, May 30, 2007

jeux du cirque - sacd 2007 philippe pilato


Jeux du cirque

Personnages :

Sarah

Frantz, lanceur de couteaux

Tallulah

Lou

La Directrice

Le nouveau-né

Premier Tableau

A gauche, un espace séparé de la vaste loge de droite par une porte.

Frantz lance des couteaux.
Sarah pousse la porte.

Sarah : Bonjour.

Frantz : On n’est pas obligé de commencer toujours par Bonjour, vous savez.

Sarah : Ah ?

Frantz : Vous cherchez du travail ?

Sarah : Oui. Mais visiblement je me suis trompée de porte. L’écriteau disait pourtant « Assistante de Direction ».

Frantz : Et alors ? Je cherche une cible. Et je vise très bien.

Sarah : (Faisant mine de repartir) Ce n’est pas du tout ce que je…

Frantz : Dites donc, pour quelqu’un qui veut un poste à responsabilités, vous n’avez pas le goût du risque.

Sarah : Ce risque-là, non merci.

Frantz : Pour être une bonne cible, il faut du sang-froid, du courage, du sérieux…

Sarah : Je vais essayer une autre porte. Et vous, vous devriez changer de métier.

Frantz : Trop tard. On ne se refait pas.

Sarah : Non. On se fait refaire. On dirait que vous êtes un peu comme moi… Je peux m’asseoir un moment ? Je suis crevée.

Frantz : Faites comme chez vous.

Elle s’assied en soufflant, il continue ses exercices.

Frantz : Sûre que vous ne voulez pas essayer ? Même une toute petite fois ?

Sarah : Sûre.

Frantz : Vous avez raison. Vous êtes trop jolie.

Sarah : Ah bon ? Je croyais que c’était ce qui plaisait au public. Avec un laideron, on peut se dire « Finalement, s’il la loupait, il lui rendrait service ».

Frantz : Pas très gentil, ce que vous dites là.

Sarah : Je n’y suis pour rien, moi. C’est la vie qui est comme ça. Pas gentille.

Frantz : Moi, c’est Frantz. Et vous ?

Sarah : Sarah.

Frantz : Vous êtes juive ?

Sarah : Oui. Pourquoi me demandez-vous ça ?

Frantz : Parce que je suis un peu Allemand. Vous ne m’en voulez pas ?

Sarah : Ce n’est pas aux Allemands que j’en veux, mais aux hommes… Et puis j’en ai marre de battre le pavé, de courir les agences, de frapper aux portes, d’essuyer des refus et des « On vous écrira ». Prêtez-moi un couteau. J’aime mieux en finir tout de suite et me trancher les veines.

Frantz : Vous avez déjà essayé ?

Sarah : Non.

Frantz : Ce n’est pas si facile. Et si on manque son coup, beaucoup de boucherie pour pas grand-chose, je vous préviens. Enfin, faites comme vous voudrez.

Sarah : Vous avez essayé, vous ?

Frantz : Non, mais j’ai un peu étudié la question.

Sarah : Vous m’apprendriez ?

Frantz : Et puis quoi encore ?

Sarah : Et à lancer des couteaux ? C’est vous qui feriez la cible. Ça changerait. Je suis sûre que les gens adoreraient.

Silence, il continue à s’entraîner.

Sarah : Et vous n’avez jamais… ?

Frantz : Tué quelqu’un ? Non, rassurez-vous. C’est seulement que… On ne trouve plus personne. Tout le monde a peur. De son ombre. Vous l’avez dit vous-même, ils – elles – tiennent à leur peau. Il n’y a plus de confiance. J’ai bien eu des intermittentes. Mais elles ne durent pas. Dès qu’elles trouvent autre chose…

La porte s’ouvre avec fracas. Entre une fille, sexy, qui minaude, en fait des tonnes. Frantz interrompt ses exercices.

Tallulah : (Avançant, ouvrant les bras) On ne bouge plus ! Je suis celle qu’il vous faut !

Frantz : Vous êtes intermittente ?

Tallulah : Traitez-moi d’idiote, tant que vous y êtes !

Frantz : Je n’ai pas dit ça…

Tallulah : Vous l’avez pensé ! Ils le pensent tous. Essayez-moi ! Vous m’en direz des nouvelles !

Frantz : (À Sarah) Vous voyez… Ce n’est pas si difficile de se vendre. Qu’est-ce que vous attendez ?

Tallulah : Vous faites pas le poids, ma petite. Vous allez me voir à l’œuvre !

Elle enlève son manteau et, en petite tenue très suggestive, court vers la cible, se plaque dos au mur, écarte les bras, prend des airs d’actrice du muet prête au sacrifice…

Sarah : Je crois que je vais m’en aller.

Frantz : (Ajustant son tir) Vous ne restez pas pour le spectacle ?

Tallulah : (Se tortillant lascivement) Vas-y ! Vas-y ! Tire dans le tas ! (Elle se met à rire comme une folle) Tu ne me fais pas peur !

Sarah : Je ne supporte pas la vue du sang.

Frantz : mis qu’est-ce que vous croyez ? On n’est pas au cirque, ici.

Il lance. Le couteau se plante juste au-dessus du crâne de Tallulah, dont l’excitation tombe d’un coup, et qui lève les yeux vers son front, d’un air inquiet.

Sarah : Et les gens paient pour voir ça ?

Frantz : Ils paient, oui ! Faut bien bouffer. Vous ne mangez pas, vous ? C’est trop vulgaire, sans doute.

Sarah : Pas de ce pain-là, en tout cas. Et après, elle fait quoi ? Un strip-tease ?

Tallulah : Alors ? J’ai le job ? C’est que j’ai pas que ça à faire, moi.

Sarah : Ah bon ? On aurait cru.

Frantz : Oui, oui, ça ira, vous ferez l’affaire.

Tallulah : Et pour mes congés ?

Frantz : Ça y est, ça commence.

Sarah : (S’approchant de Frantz, le tirant un peu par la manche) Dites… Je pourrais m’occuper des costumes…

Frantz : Mais qu’est-ce qu’elles ont, aujourd’hui ?

Sarah : … Planter le décor…

Tallulah : Quelle bonne idée ! Une habilleuse ! Rien que pour moi !

Sarah : Rhabilleuse de putain… (Tallulah prend des airs offensés) Bonniche du lanceur… Je ferai ce qu’on voudra.

Frantz : (À Sarah) Je croyais que vous vous étiez trompé de porte.

Sarah : Je me ferai toute petite.

Frantz : (Désignant Tallulah) Et elle, vous la supporterez ?

Tallulah : Vous gênez pas, surtout ! Faites comme si j’étais pas là !

Sarah : Je lui apprendrai les bonnes manières. Ça peut toujours servir.

Tallulah : Non mais, pour qui elle se prend ?

Frantz : Vous la cible, taisez-vous. Laissez parler les grands. (A Sarah) Qu’est-ce qu’elle vous a fait ?

Sarah : Elle m’a fauché la place.

Frantz : Vous n’en vouliez pas !

Sarah : Ce n’est pas une raison ! On parlait. Je commençais à m’habituer. A retrouver l’espoir. Et voilà que Jayne Mansfield débarque et s’installe.

Tallulah : (Reprenant la pose contre le mur et s’impatientant) Quand tu veux, Guillaume Tell !

Frantz : Pause syndicale. Profitez-en. Ce soir, je vous jette en pâture au public.

Tallulah s’assoit par terre et boude.

Sarah : Alors, c’est non ?

Frantz : C’est non. Lancer des couteaux, tant qu’on veut. Mais dresser deux lionnes dans la même cage, très peu pour moi. (Il s’approche de Sarah, pose une main sur son épaule, adoucit sa voix) Cela dit… Si vous êtes libre ce soir…

Tallulah : (Rugissement boudeur) Tous les mêmes !

Sarah : C’est du boulot que je cherche, pas un amant.

Frantz : Quand on a faim, on prend ce qu’on trouve. Je ne vous plais pas ?

Tallulah : Moi je vous trouve très mignon.

Frantz : Ta gueule, la cible ! Et rhabille-toi, tu vas prendre froid.

Tallulah commence à se rhabiller en rechignant.

Sarah : Laissez-la tranquille. Elle ne vous a rien fait, à vous.

Frantz : Je vois qu’on défend la veuve et l’orpheline.

Tallulah : Dites à la mijaurée que je peux me défendre toute seule ! La veuve et l’orpheline ! Je vais lui en donner, moi !

Sarah cache son visage entre ses mains.

Frantz : (À Sarah) Vous êtes veuve ? Et orpheline ? C’est pour ça que vous en voulez au monde entier ?

Sarah sort, referme, s’assied le dos contre la porte.

Frantz ramasse les couteaux et les range dans leur étui.

Frantz : J’ai faim.

Tallulah : (S’approchant de lui) Moi aussi.

Ils s’étreignent.

NOIR.